Le jeune cinéma roumain

La Nouvelle Vague après 1990

               Le 27 mai 1896, le cinéma fait sa première apparition en Roumanie avec une projection des films des frères Lumière, dans les locaux du journal français « L'indépendance roumaine » à Bucarest. Le premier film de fiction « Amour fatal » est réalisé en 1911.

               Le cinéma roumain se développe alors modestement et il faudra attendre l’arrivée du parlant pour qu’il rencontre un véritable succès populaire.

               La République populaire de Roumanie est proclamée le 30 décembre 1947. Le régime communiste donne rapidement une nouvelle tournure à ce que Lénine considérait comme le plus important des arts. En fait d’art, le cinéma devient, comme dans tous les pays communistes, l’un des principaux outils de propagande du régime.

               Quelques rares films échappent au conformisme imposé par la censure et réussissent à sortir en salles hors de Roumanie. Seulement deux réalisateurs au cours de cette longue période bénéficient d'une notoriété hors de leurs frontières : Lucian Pintilie et Liviu Ciulei. Ce dernier sera récompensé par le Prix de la mise en scène à Cannes en 1965 pour « La forêts des pendus ».

               1989 voit la chute du régime totalitaire de Ceaușescu et l’ouverture du pays.

               Le cinéma roumain se libère alors de son joug. De jeunes réalisateurs nés dans les années 60, 70 vont marquer le début d’un mouvement d’avant-garde, appelé Nouvelle Vague, en référence à la Nouvelle Vague française des années 60.

               Seize films roumains sont présentés à Cannes entre 1992 et 2009, ce qui situe la Roumanie à la troisième place des pays de l'Est, après la Russie et la Hongrie.

Mungiu okCristian Mungiu, Palme d'or Cannes 2007 pour "4 mois, 3 semaines, 2 jours"

               Dans l’ensemble, leur style est direct, réaliste, presque documentaire et rappelle le néo-réalisme italien d'après-guerre. Ces jeunes cinéastes ont souvent recours à la caméra à l’épaule pour appuyer le sentiment de réalité.

               La Nouvelle Vague roumaine se caractérise ainsi par un certain minimalisme, aussi bien dans la réalisation (les budgets de production sont peu élevés) que dans le jeu des acteurs (les sentiments ou émotions se font discrets).

Deux thématiques dominent

               Une grande partie de ces longs-métrages se situent pendant la période communiste et en dénoncent les travers avec beaucoup d’humour, souvent sarcastique, de l’autodérision et un grand sens de l’absurde. Eugène Ionesco et Emil Cioran ne sont pas loin. Les grands évènements politiques de l’époque communiste ne sont pas abordés frontalement mais se révèlent dans des histoires du quotidien sans véritables héros.

               L’autre partie de ces films se déroulent après la chute de Ceaușescu et mettent en scène la difficile transition vers la démocratie, le poids du passé social et politique et n’hésitent pas à traiter de l’importance de la corruption dans la Roumanie d’aujourd’hui.

Focus sur les principaux réalisateurs

 4 mois OKPalme d'or 2007

  • Cristian Mungiu

               Le plus connu, né en 1968, fait des études de littérature et de cinéma à Bucarest. Cristian Mungiu devient assistant-réalisateur et se forme en France, collabore avec Bertrand Tavernier pour la réalisation de « Capitaine Conan » tourné en Roumanie. Premier cinéaste roumain à recevoir la Palme d’or lors du Festival de Cannes en 2007 pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », ce très beau film traite du délicat problème de l’avortement sous l’ère Ceaușescu. Plusieurs fois primé à Cannes depuis, Cristian Mungiu est un des réalisateurs les plus prometteurs de la Nouvelle Vague. « Baccalauréat » qui dépeint une Roumanie post-communiste minée par la corruption reçoit le prix de la Mise en scène en 2016.


baccalaureat dcp 1998x1080 OKBaccalauréat de Cristian Mungio, prix de la mise en scène à Cannes en 2016

  • Călin Peter Netzer

               Né en 1975 d’une famille d’origine allemande, Călin Peter Netzer a suivi sa famille à Stuttgart en 1983 et est revenu après la révolution de décembre 1989. Il reprend alors des études de cinéma à Bucarest, dans la promotion précédant celle de Corneliu Porumboiu. Son film « Mère et fils » remporte l’Ours d’or à Berlin en 2013, ainsi que l’Oscar du meilleur film étranger 2014. Porté par le jeu remarquable de l’actrice Luminița Gheorgiu, il raconte avec beaucoup d’intensité un conflit générationnel dans une famille roumaine aisée.

photo mere et fils 8 OKOurs d'or Berlin 2013, Oscar du meilleur film étranger 2014

  • Radu Muntean

               Diplômé de l’Ecole de cinéma de Bucarest, Radu Muntean, né en 1971, débute sa carrière de réalisateur par des films publicitaires. Ses deux premiers longs-métrages, présentés et primés dans de nombreux festivals n’ont pas été distribués en France. Son film le plus connu, sorti en France en 2010 « Mardi après Noel » raconte l’histoire simple d’un homme trompant sa femme avec sa dentiste, avec une ironie et un mordant terribles, porté par une mise en scène implacable. Un petit bijou d’humour noir dans la lignée d’Eugen Ionesco.

mardi OKSélection officielle Un certain regard, Cannes 2010

  • Corneliu Porumboiu

               Né en 1975, Corneliu Porumboiu s’est dirigé en premier vers le court-métrage, en a réalisé six avant de remporter la Caméra d’Or à Cannes en 2006 avec son premier long-métrage « 12h08 à l’Est de Bucarest », farce follement drôle sur la « révolution » roumaine de décembre. Trois ans plus tard avec « Policier, adjectif », un polar noir et absurde, il remporte le prix du Jury Un Certain Regard et le prix Fipresci. Son œuvre est drôle et profonde à la fois. Chaque film est un véritable objet d’art, très original mais accessible à tous.

12h08 OKCaméra d'or à Cannes en 2006

Florence L.


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